Vous avez reçu un devis site internet, peut-être deux, et les montants n’ont rien à voir entre eux. Avant de signer, ce document mérite vingt minutes : pas pour traquer une erreur de calcul, mais pour vérifier dix lignes précises. Certaines doivent figurer noir sur blanc ; d’autres, quand elles manquent, en disent déjà long. Je vends moi-même des sites : mes propres tarifs sont un peu plus loin, pour que vous ayez un point de comparaison.
Pourquoi deux devis vont du simple au triple
Un devis à 900 €, un autre à 2 800 € pour « le même site vitrine » : le réflexe est de soupçonner le plus cher. Le plus souvent, les deux ne décrivent pas le même travail. L’un compte cinq pages rédigées, des photos retouchées, un travail de référencement local et un an de maintenance ; l’autre installe un thème, attend vos textes et s’arrête le jour de la mise en ligne. Les deux peuvent être parfaitement honnêtes. Ce qui ne l’est pas, c’est un périmètre impossible à lire.
Avant de comparer les montants, comparez donc les périmètres. Prenez les dix lignes ci-dessous et notez, pour chaque devis, si elle est écrite, vague ou absente. Le moins cher n’a de sens que s’il remplit les mêmes cases que les autres.
Le montant normal d’un devis pour une vitrine de 5 pages
Pour un site vitrine de cinq pages — accueil, services, réalisations, à propos, contact —, un devis en paiement unique se situe le plus souvent entre 800 et 3 000 € selon le prestataire : le bas de la fourchette chez un indépendant qui part d’un modèle, le haut chez celui qui rédige, retouche les photos et travaille le référencement. Viennent ensuite les frais qui reviennent chaque année, rarement mis en avant sur la première page :
- Nom de domaine : autour de 10 à 20 € par an.
- Hébergement mutualisé : de l’ordre de 50 à 100 € par an.
- Maintenance (mises à jour, sauvegardes, sécurité) : souvent 500 à 1 000 € par an pour un site réellement suivi.
Un devis sous 800 € n’est pas suspect par principe : il retire des lignes, à vous de voir lesquelles. L’enjeu n’est plus d’avoir un site — d’après le baromètre France Num 2024 de la Direction générale des Entreprises, environ deux TPE et PME sur trois en ont déjà un —, c’est de savoir ce que vous payez pour lui. Le détail poste par poste est dans combien coûte un site internet pour une TPE/PME.
Les 10 lignes à vérifier, une par une
Pour chacune : ce que votre devis de site internet doit dire, et ce qui doit vous faire lever la tête.
- Le titulaire du nom de domaine. Le devis doit nommer qui sera titulaire : votre entreprise, ou le prestataire avec un engagement écrit de vous le transférer si vous partez. À repérer : « nom de domaine offert », sans titulaire. Offert ne dit pas à qui il appartient — j’explique la différence dans qui est propriétaire de votre site et de votre nom de domaine.
- L’hébergement. Un hébergeur, un pays, un prix annuel — ou la mention qu’il est inclus, et jusqu’à quand. À repérer : « hébergement offert la première année », sans le tarif de la deuxième.
- La maintenance. Ce qu’elle couvre (mises à jour, sauvegardes, correctifs de sécurité), à quelle fréquence, et ce qui en est exclu. À repérer : un forfait sans liste, ou pas de ligne du tout.
- La durée d’engagement. Un nombre de mois, sa date de départ, les conditions de sortie. À repérer : un bon de commande qui renvoie à des conditions générales non jointes, ou un contrat de location signé avec un organisme financier — un autre montage, que je décortique dans le site internet « offert » sur 48 mois.
- La rédaction des textes. Qui écrit, combien de pages, combien d’allers-retours. À repérer : « intégration des contenus fournis par le client ». Traduction : c’est vous qui écrivez tout.
- Les photos. Les vôtres, une séance chiffrée, ou une banque d’images sous licence. À repérer : aucune ligne, puis des images trouvées en ligne dont personne ne détient les droits.
- Le référencement (SEO). Des tâches nommées : titre et description de chaque page, fiche Google Business Profile, une page par service ou par zone, suivi après la mise en ligne. À repérer : « référencement inclus », seul. On y revient juste après.
- L’affichage sur mobile. Le site doit s’afficher correctement sur téléphone, sans supplément. À repérer : une option « version mobile » facturée à part.
- Les délais. Une durée de livraison, son point de départ et ce qui la suspend. À repérer : « délai à définir ». Qu’un délai coure à partir de la réception de vos éléments est normal — à condition que ce soit écrit.
- Les coûts récurrents. Ce que vous paierez chaque année après la livraison, poste par poste, avec un total. À repérer : un devis qui ne parle que de création. C’est la ligne la plus souvent absente, et la plus chère.
Les mentions floues à faire préciser
Certaines formules rassurent à la lecture et n’engagent à rien. La plus répandue est « référencement inclus ». Sans détail écrit, elle peut désigner des jours de travail comme une case cochée. Demandez la liste des tâches, page par page, et ce qui est fait une fois le site en ligne. Et si le devis promet une position sur Google, écartez-le : personne ne contrôle le classement, pas plus le prestataire que vous.
Même traitement pour ces trois-là :
- « Maintenance comprise » : comprise pendant combien de temps, et qu’est-ce qu’elle comprend ?
- « Site responsive » : vérifié sur quels écrans, et corrigé par qui si l’affichage casse ?
- « Modifications possibles » : combien, dans quel délai, et à quel tarif au-delà ?
La règle vaut aussi pour moi : mes offres affichent « référencement local », demandez-m’en le détail avant de signer. Ce qui n’est pas écrit sur le devis n’existera pas le jour d’un désaccord.
Deux absences qui doivent vous arrêter
Sur un devis site internet, deux oublis justifient de ne pas signer tant qu’ils ne sont pas corrigés.
Le titulaire du nom de domaine. S’il n’apparaît nulle part, vous ignorez qui possédera votre adresse, vos e-mails et le référencement accumulé. Le jour où vous voudrez changer de prestataire, c’est cette ligne qui décidera si vous gardez tout ou si vous recommencez.
Le coût après la première année. Un devis qui chiffre la création et ignore la suite vous laisse découvrir le vrai prix au treizième mois. Hébergement, domaine et maintenance, additionnés sur trois ans, pèsent souvent autant que la création elle-même.
Dans les deux cas, ne signez pas « en attendant de voir » : demandez que la ligne soit ajoutée au devis.
Les 3 questions à renvoyer par écrit avant de signer
Si vous avez choisi votre prestataire en lui posant les 12 questions à poser à une agence web, celles-ci ont un autre rôle : faire corriger le document que vous avez sous les yeux. Citez les lignes concernées et demandez une version mise à jour.
- « Pouvez-vous indiquer sur le devis qui sera titulaire du nom de domaine, et ce qu’il devient si nous arrêtons ? »
- « Pouvez-vous détailler ce que recouvre la ligne référencement : les tâches, les pages concernées, et ce qui est fait après la mise en ligne ? »
- « Quel sera le total payé sur trois ans, hébergement, domaine et maintenance compris, et quelles lignes peuvent changer de prix ? »
Une réponse précise et un devis corrigé sous quelques jours : bon signe. Une réponse orale, ou « on verra ça ensemble » : vous avez aussi votre réponse. Conservez cet échange d’e-mails avec le devis signé.
Pour aller plus loin
- Combien coûte un site internet pour une TPE/PME ?
- Comment choisir son agence web : les 12 questions à poser — avant même de demander un devis.
- Nom de domaine et hébergement : ce que vous payez vraiment chaque année — pour lire les lignes 1 et 2.
- Site internet « offert » sur 48 mois — quand le « devis » est en réalité un contrat de location.
- Référencement local : à quoi correspondent 300 €/mois — quand le devis ajoute une ligne de référencement mensuelle.