Le téléphone sonne pendant que vous êtes sur un chantier, en salle ou derrière votre comptoir. Au bout du fil, quelqu’un connaît votre nom, votre commune, votre métier — et vous annonce un problème sur votre fiche Google. Une arnaque au site internet ne commence presque jamais par une proposition : elle commence par une alerte, un délai, et une signature demandée le jour même. Je vends des sites, autant le dire tout de suite : je décris ici des mécaniques, pas des concurrents, et je termine en exposant les miennes pour que vous puissiez me faire passer le même test.
Pourquoi c’est vous qu’on appelle
Parce que vous êtes joignable et moins protégé qu’un particulier. Votre numéro est public : il figure sur votre fiche d’établissement, sur votre site, sur vos devis, et dans le répertoire Sirene que tout le monde peut interroger. Rien d’illégal là-dedans — c’est même le but d’une vitrine.
L’écart de protection, lui, s’est creusé récemment. Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique est interdit sans consentement préalable, et un contrat conclu en violation de cette règle est nul : c’est l’article L223-1 du code de la consommation dans sa version en vigueur à cette date. Lisez bien le texte : il vise le consommateur. Vous, en tant que professionnel, n’êtes pas couvert par cette interdiction. Un commercial peut vous appeler sans votre accord préalable, et il le sait.
Ce qui ne veut pas dire que tout est permis. Les pratiques commerciales trompeuses restent interdites même quand la victime est un professionnel — l’article L121-5 du même code l’écrit noir sur blanc — et l’article L132-2 les punit de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende, peines portées à cinq ans et 750 000 € lorsque la pratique passe par un support numérique. Vous n’êtes pas sans recours. Vous êtes juste sans filet automatique.
Les 5 scénarios d’arnaque au site internet, dans l’ordre où on les rencontre
Ils n’ont pas la même gravité et ne coûtent pas la même chose. Ils partagent la même charpente : un problème que vous n’aviez pas vu, une solution qui existe déjà, et une fenêtre qui se referme.
1. Le faux partenaire Google
Le scénario le plus courant, et de loin. L’appel annonce que votre fiche d’établissement va être désactivée, qu’un doublon a été détecté, qu’elle n’est « pas vérifiée » ou qu’elle sortira des résultats faute de mise à jour. Suit la solution : un abonnement de « certification », de « réactivation » ou de suivi mensuel, à régler tout de suite.
Le fait qui désamorce tout : la fiche d’établissement Google est gratuite, et vous pouvez la revendiquer et la gérer seul, sans intermédiaire. J’explique la manœuvre pas à pas dans fiche Google : comment apparaître sur Google Maps. Une fiche ne se supprime pas parce que vous n’avez pas répondu au téléphone.
La variante la plus grave ne demande pas d’argent, mais un code. On vous fait dicter un numéro reçu par SMS ou par e-mail, « pour vérifier votre identité ». Ce code est la clé de votre fiche : une fois donné, on peut en prendre la propriété, changer votre numéro de téléphone et rediriger vos appels vers un concurrent. Ne dictez jamais un code de validation, à personne, y compris à moi.
2. Le site « offert »
Ici, pas de fausse alerte : une bonne nouvelle. Le site est offert, vous ne payez qu’un petit abonnement mensuel. La mécanique tient dans une multiplication et dans un tiers que personne ne vous présente : l’organisme de financement à qui le contrat est cédé, et qui continuera de prélever même si le prestataire disparaît.
Ce scénario mérite son propre article, je l’ai écrit : site internet « offert » sur 48 mois : pourquoi la facture atteint 5 760 €. Retenez seulement le réflexe utile au téléphone : demandez si le contrat sera cédé à un organisme de financement. La réponse, ou l’embarras qu’elle provoque, vous renseigne immédiatement.
3. L’annuaire professionnel payant
Celui-ci est documenté par l’administration elle-même. La répression des fraudes (DGCCRF) lui a consacré une alerte intitulée « Annuaires professionnels, une arnaque qui perdure », qui décrit trois techniques d’approche. La première est une offre parfaitement régulière — prix et conditions de diffusion annoncés, clauses claires, consentement recueilli dans les règles — qui ne produit simplement aucune retombée. La deuxième est un bon de commande envoyé après un appel présentant une « offre exceptionnelle à saisir » avec paiements échelonnés, dont les clauses importantes sont absentes. La troisième est un publipostage imitant un document officiel — facture, RCS, Info-Siret — que le professionnel prend pour une simple vérification de ses coordonnées ou pour une obligation légale, et qu’il signe en confiance.
La DGCCRF décrit aussi la suite : une fois la signature obtenue, la pression au paiement commence, et les créances sont parfois revendues à un établissement bancaire — le même levier que dans le scénario précédent. Elle signale enfin une variante qui vise les artisans : faire croire qu’une inscription payante dans un registre conditionne l’accès aux marchés publics, alors que cet accès est libre et gratuit.
Deux points de vigilance de plus, signalés eux aussi par la DGCCRF : l’émetteur est souvent domicilié à l’étranger, et la résiliation se révèle très difficile. Ajoutez-en un troisième : tapez le nom de l’annuaire dans Google. Sans audience, l’inscription ne vous apportera ni client ni visibilité, même exécutée de bonne foi.
4. Le faux renouvellement de nom de domaine
Un courrier ou un e-mail vous annonce l’expiration prochaine de votre nom de domaine, avec la bonne date et parfois la bonne extension. Ce n’est pas de la voyance : la date d’expiration d’un domaine est une information publique, consultable par n’importe qui. L’émetteur, lui, n’est pas votre bureau d’enregistrement. Selon les cas, vous payez pour un service qui n’existe pas, ou vous déclenchez sans le savoir un transfert de votre domaine vers un autre opérateur.
Le réflexe est sans appel : un nom de domaine ne se renouvelle qu’auprès de celui chez qui il est déposé, et un seul émetteur est donc légitime. Si le nom sur le document ne correspond ni à votre bureau d’enregistrement ni à votre prestataire, il n’y a rien à vérifier de plus. Encore faut-il savoir chez qui votre domaine est déposé : c’est le sujet de nom de domaine, hébergement et site : qui fait quoi. Et pour vérifier qui en est réellement le titulaire, le test Whois est détaillé dans qui est propriétaire de votre nom de domaine.
5. Le référencement miracle
« Première page Google garantie », « position 1 en trente jours », « nous sommes partenaires officiels Google ». Le point commun de ces trois phrases : elles promettent un résultat que celui qui parle ne décide pas. Le classement appartient à Google. Ce qui se travaille, ce sont les causes — le contenu, la fiche d’établissement, la vitesse du site, les avis — et le résultat se constate ensuite.
Sur le « partenaire officiel », la précision vaut la peine d’être connue : le programme Google Partner existe réellement, mais il ne concerne que la publicité Google Ads. Google ne certifie personne pour le référencement naturel. Un prestataire honnête vous parlera de délais — comptez plutôt 1 à 3 mois en local peu concurrentiel, davantage ailleurs — et de ce qu’il fera, pas de ce que Google fera. J’ai détaillé la mécanique dans apparaître en 1ʳᵉ page Google quand on est une TPE/PME.
Un appel de Google, ça existe — et c’est là que ça se complique
On lit partout que « Google n’appelle jamais ». C’est faux, et l’approximation vous dessert : Google passe bien des appels, souvent automatisés, notamment pour vérifier les informations d’un établissement sur Maps. Celui qui a retenu « si c’est Google, c’est faux » se fera piéger le jour où l’appel sera authentique.
La règle exacte est ailleurs, et Google l’écrit dans sa documentation d’aide : il ne vous demandera jamais d’informations de paiement par téléphone, et ne garantira jamais un placement favorable dans les résultats. Il met aussi en garde contre ceux qui prétendent travailler « avec Google » ou « pour Google » pour vendre des prestations de marketing en ligne. Ne cherchez donc pas à savoir si c’est vraiment Google : regardez ce qu’on vous demande. Un paiement, une signature ou un code, raccrochez. Rien de tout cela, l’appel est sans conséquence.
Non, vous n’avez pas automatiquement 14 jours pour changer d’avis
C’est l’idée fausse la plus coûteuse du sujet, et je l’entends régulièrement : « je signe, et si ça ne va pas je me rétracte sous 14 jours ». Ce délai est un droit du consommateur. Entre deux professionnels, il n’existe pas par défaut. Signer « pour voir » est donc une très mauvaise stratégie.
L’exception : hors établissement, cinq salariés au plus, hors de votre métier
Une porte reste ouverte, et beaucoup de TPE/PME y passent sans le savoir. L’article L221-3 du code de la consommation étend les protections du consommateur, dont le droit de rétractation, « aux contrats conclus hors établissement entre deux professionnels dès lors que l’objet de ces contrats n’entre pas dans le champ de l’activité principale du professionnel sollicité et que le nombre de salariés employés par celui-ci est inférieur ou égal à cinq ». La DGCCRF le rappelle en toutes lettres dans son alerte sur les annuaires : « les entreprises de moins de 5 salariés sont protégées par les dispositions du code de la consommation pour les contrats conclus hors établissement ».
Trois conditions, toutes obligatoires :
- Hors établissement. Le contrat a été conclu ailleurs que dans les locaux du vendeur : chez vous, dans votre atelier, sur votre chantier. Le texte ne vise que ces contrats-là. Attention au contre-exemple qui piège : un stand de foire ou de salon est considéré comme un établissement commercial, et l’affichage « le consommateur ne bénéficie pas d’un droit de rétractation pour un achat effectué dans une foire ou dans un salon » y est même obligatoire. Ce qui est signé sur un salon est signé pour de bon.
- Cinq salariés au plus. Un seuil brut, qui exclut une bonne partie des PME mais couvre la plupart des artisans, commerçants et indépendants.
- Hors de votre activité principale. Un site internet n’est pas le métier d’un plombier, d’un fleuriste ou d’un ostéopathe. C’est précisément ce point qui fait basculer les dossiers.
Ce que la Cour de cassation a jugé sur les contrats de site internet
Deux décisions publiées au bulletin méritent d’être connues, parce qu’elles disent l’une la bonne nouvelle, l’autre la contrainte.
Le 12 septembre 2018, la première chambre civile (pourvoi n° 17-17.319) s’est prononcée sur le cas d’une architecte démarchée pour un contrat de création et d’exploitation d’un site internet professionnel. La Cour a jugé qu’elle bénéficiait bien du droit de rétractation : la communication commerciale par site internet n’entre pas dans le champ de l’activité d’architecte, et le critère n’est pas l’utilité du service pour l’activité, mais ses caractéristiques propres. Le fait que le site serve votre entreprise ne le fait donc pas entrer dans votre métier.
Le 28 mai 2026, la même chambre (pourvoi n° 25-14.507) a précisé le calendrier, et c’est moins confortable : un contrat portant sur la conception d’un site internet personnalisé est une prestation de service, pas une vente. Le délai de rétractation court donc à compter de la conclusion du contrat, et non de la réception du site. Concrètement : vous ne pouvez pas attendre de voir le résultat pour décider. Le compteur tourne depuis votre signature.
Le détail de la tentative — les deux conditions, la différence entre un contrat signé sur place et un contrat conclu par téléphone, le modèle de lettre et ce qu’il reste si ça échoue — est dans droit de rétractation professionnel : avez-vous vraiment 14 jours ?
Une nuance pour finir : lorsque le contrat ne comporte pas les informations obligatoires sur le droit de rétractation, l’article L221-20 prolonge le délai de douze mois. C’est cette règle qui a permis, en 2018, une rétractation exercée 47 jours après la signature. N’en faites pas une stratégie : tout dépend de la rédaction du contrat et des preuves. Je fais des sites, je ne suis pas juriste : faites lire vos documents par un avocat ou par votre chambre consulaire — chambre de commerce et d’industrie pour les commerçants, chambre de métiers et de l’artisanat pour les artisans. C’est souvent gratuit, et c’est leur métier.
Les 8 phrases qui doivent vous faire raccrocher
Prise isolément, aucune ne prouve rien. Prises ensemble, elles dessinent toujours le même appel.
| Ce que vous entendez | Ce que ça veut dire |
|---|---|
| « Votre fiche Google va être désactivée » | On crée un problème pour vendre la solution. Une fiche ne se désactive pas parce que vous n’avez pas décroché. |
| « C’est valable aujourd’hui seulement » | L’urgence sert à empêcher la comparaison et la relecture. Une offre sérieuse tient encore la semaine prochaine. |
| « On a juste besoin de vérifier vos coordonnées » | Technique décrite par la répression des fraudes : la demande anodine sert de support à un bon de commande. |
| « Vous pouvez me donner le code que vous venez de recevoir ? » | Ce code ouvre l’accès à un compte, en général votre fiche d’établissement. Aucun prestataire légitime n’en a besoin. |
| « Donnez-moi votre RIB pour créer le dossier » | Un RIB ne crée pas un dossier. Il sert à prélever. |
| « Je vous envoie le bon de commande, signez et renvoyez » | Le bon de commande est le contrat. Ce qui a été promis oralement n’y figure pas forcément. |
| « Nous sommes partenaires officiels Google » | Le programme Google Partner ne concerne que la publicité Google Ads. Personne n’est certifié par Google pour le référencement naturel. |
| « Première page Google garantie » | Une garantie de résultat sur ce que le prestataire ne contrôle pas. Fin de la conversation. |
La marche à suivre, en trois temps
Pendant l’appel : une seule phrase
« Envoyez-moi tout par e-mail, je vous rappelle. » Elle suffit, elle est polie, et elle règle la question : un interlocuteur sérieux envoie, un démarcheur abusif insiste. Ne dictez aucun code, ne donnez aucun RIB, ne signez rien — y compris sur une tablette qu’on vous tend. Et si on refuse de raccrocher, raccrochez : ce n’est pas de l’impolitesse, c’est la fin d’un appel commercial que vous n’avez pas demandé. Vous pouvez aussi exiger d’être retiré de leur fichier : le droit d’opposition s’applique aussi entre professionnels.
Après l’appel : dix minutes de vérification
- Identifiez la société. Nom exact, SIRET, dirigeant, date de création, état de l’entreprise : tout est gratuit et public sur l’Annuaire des entreprises de l’État, sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr. Une société créée il y a trois mois n’est pas coupable, mais ça se sait avant de signer.
- Comparez le nom entendu et le nom écrit. Le commercial annonce une enseigne, le bon de commande porte une autre raison sociale : c’est un signal, pas un détail administratif.
- Cherchez le service vendu. Un annuaire ? Tapez son nom dans Google. Du référencement ? Demandez sur quels mots-clés et à quelle échéance, par écrit.
- Faites lire le contrat — conditions générales et annexes comprises — par un juriste, votre expert-comptable ou votre chambre consulaire. Avant signature, pas après.
Si vous avez déjà signé
Agissez vite, parce que le compteur a démarré à la signature. Rassemblez les pièces : bon de commande, conditions générales, annexes, e-mails, relevés bancaires, et surtout la date et le lieu exacts de la signature ainsi que votre effectif — avec votre métier, ce sont eux qui déterminent si l’article L221-3 vous protège. Pour vous rétracter, écrivez, en lettre recommandée avec accusé de réception, sans attendre.
Pour signaler, le service local de la répression des fraudes est la direction départementale de la protection des populations (DDPP) du département où l’entreprise mise en cause est installée — ou, dans les départements de moins de 400 000 habitants comme la Mayenne, la direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP), qui exerce les mêmes missions. SignalConso, le service public en ligne, est conçu pour les consommateurs mais alimente la même administration. Et si vous estimez avoir été trompé, une plainte pour escroquerie se dépose en gendarmerie, au commissariat ou directement auprès du procureur de la République. Si le contrat est déjà en cours et qu’il s’agit d’en sortir proprement, le plan complet est dans récupérer son site internet et quitter son prestataire.
Ce que je fais, moi, et ce que je ne fais pas
Écrire sur le démarchage abusif quand je vends moi-même des sites m’oblige à poser mes propres cartes :
- Je ne démarche pas par téléphone. Vous m’appelez, ou vous remplissez le formulaire. Je ne vous appellerai jamais pour vous annoncer un problème sur votre fiche.
- Rien ne se signe pendant une visite. Je laisse un devis écrit, vous le gardez le temps que vous voulez, et vous le faites lire par qui vous voulez.
- Aucun organisme de financement. Vous me payez un abonnement mensuel, directement : 69 € en Essentiel, 119 € en Pro, à partir de 249 € en Sur mesure, sans frais de création. Engagement de 12 mois à compter de la mise en ligne, puis un mois de préavis. Le détail est sur la page des offres.
- Je ne garantis aucune position sur Google, parce que personne ne le peut. Je m’engage sur ce que je fais, pas sur ce que Google décide.
- Un seul interlocuteur. Moi, au 06 20 30 61 47, du lundi au samedi. Pas de plateau téléphonique, pas de numéro masqué.
Et si vous voulez pousser l’examen plus loin, avec moi comme avec n’importe qui d’autre : les 12 questions à poser avant de signer sont faites pour ça, réponses écrites exigées.
Pour aller plus loin
- Site internet « offert » sur 48 mois : la facture réelle — le scénario n° 2 en entier, avec la mécanique de la location financière.
- Comment choisir son agence web : les 12 questions à poser — la bonne réponse et le signal d’alarme, question par question.
- Récupérer son site internet et quitter son prestataire — le plan de sortie en 6 étapes si le mal est fait.
- Votre prestataire web a fermé : devez-vous continuer à payer ? — l’autre bout du problème : le prestataire disparaît, la facture reste.
- Fiche Google : comment apparaître sur Google Maps — la revendiquer et la gérer vous-même, gratuitement.
- Nom de domaine, hébergement et site : qui fait quoi — pour savoir chez qui votre domaine est déposé.
- Qui est propriétaire de votre site et de votre nom de domaine ? — le test Whois, et la checklist des six briques à vérifier.