Vous avez signé après un démarchage téléphonique, et le lendemain vous cherchez la sortie. La réponse honnête tient en une phrase : ce n’est pas automatique. Le droit de rétractation professionnel existe, mais il repose sur deux conditions cumulatives, et son application à un contrat de site internet s’apprécie au cas par cas devant le juge — souvent, ces dernières années, dans un sens défavorable au professionnel démarché. Voici ce que dit le texte, où ça coince, comment tenter la rétractation, et ce qu’il reste si elle échoue.
Les 14 jours ne sont pas un droit d’entreprise
Le délai de quatorze jours dont tout le monde parle est un droit du consommateur. Un artisan ou un commerçant qui achète un site pour son activité est un professionnel, et entre professionnels, la règle par défaut tient en trois mots : le contrat engage. La bonne question n’est donc pas « ai-je quatorze jours », mais « est-ce que j’entre dans l’exception ». Le droit de rétractation professionnel n’est pas un principe : c’est une exception, étroite, et qui se démontre.
Les deux conditions de l’article L221-3
Cette exception a une adresse précise. L’article L221-3 du code de la consommation, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2016 issue de l’ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016, étend les protections du consommateur — dont le droit de rétractation — « aux contrats conclus hors établissement entre deux professionnels dès lors que l’objet de ces contrats n’entre pas dans le champ de l’activité principale du professionnel sollicité et que le nombre de salariés employés par celui-ci est inférieur ou égal à cinq ».
- Cinq salariés au plus. Un seuil brut, qui laisse dehors une bonne partie des PME et couvre en revanche la quasi-totalité des artisans, commerçants et indépendants.
- Un objet étranger au champ de votre activité principale. C’est là que se jouent la plupart des dossiers : j’y consacre la section suivante.
Les deux se cumulent : si l’une manque, tout tombe. Et les deux s’apprécient à la date de la signature, pas au moment où vous vous posez la question. C’est également à vous d’en apporter la preuve.
Le vrai point de friction : « le champ de l’activité principale »
La condition d’effectif se vérifie sur un bulletin de paie. L’autre se plaide, parce que le texte ne la définit nulle part. Deux lectures s’affrontent devant les juridictions, et rien ne garantit laquelle retiendra le tribunal saisi de votre dossier.
Première lecture : le site est accessoire. Concevoir et exploiter un site web n’est le métier ni d’un couvreur, ni d’un fleuriste, ni d’un ostéopathe ; l’objet du contrat reste étranger à leur activité principale, et la protection s’applique. La Cour de cassation a précisé le 31 août 2022 (première chambre civile, pourvoi n° 21-11.455) que ce champ s’apprécie par ce seul critère, sans tenir compte de la compétence du professionnel démarché.
Seconde lecture : le site sert directement l’activité. Un site vitrine existe pour se faire connaître et trouver des clients ; il participe donc à l’activité de l’entreprise, et l’exception n’a pas lieu de jouer. La cour d’appel de Paris a suivi ce raisonnement le 6 mai 2024 (n° 22/02128) à propos d’une fromagerie, en retenant que le site concourait à sa notoriété et à sa clientèle. Le même raisonnement vaudrait pour à peu près n’importe quel commerce.
Je ne tranche pas à la place du tribunal, et méfiez-vous de ceux qui le font en deux lignes. Conséquence pratique : la tentative vaut la peine d’être menée, elle ne vaut pas la peine qu’on compte dessus à l’avance. Signer « pour voir, je me rétracterai » reste la plus mauvaise stratégie possible.
L’abonnement n’est pas le problème : la façon de le vendre, oui
Je vends moi-même des sites en abonnement mensuel, autant poser mes cartes. Ce qui sépare un contrat sain d’un contrat qu’on cherche à annuler le lendemain, ce n’est pas le montant de la mensualité : c’est la manière dont le contrat a été signé, et la durée pendant laquelle il vous enferme.
- Essentiel — 69 €/mois, 1 modification incluse par mois.
- Pro — 119 €/mois, 3 modifications incluses par mois.
- Sur mesure — à partir de 249 €/mois, 5 modifications incluses par mois.
Sans frais de création, site livré en 14 jours. Je ne démarche pas par téléphone et rien ne se signe pendant une visite : je laisse un devis écrit que vous gardez le temps qu’il vous faut. Un seul contrat, avec moi, aucun organisme de financement tiers. L’engagement initial court sur 12 mois à compter de la mise en ligne, pas 48 ; ensuite vous résiliez quand vous voulez avec un mois de préavis, et la propriété du site vous est cédée avec le code source, comme l’écrivent mes conditions générales. Le détail est sur la page des offres. Autrement dit : la question de la rétractation ne devrait jamais avoir à se poser, parce que vous avez le temps de lire avant de signer.
Hors établissement ou à distance : la nuance qui décide
L’article L221-3 ne vise que les contrats conclus hors établissement. Cette catégorie suppose la présence physique simultanée des deux parties, ailleurs que dans les locaux du vendeur : votre atelier, votre boutique, votre chantier. Elle couvre aussi la signature obtenue dans les locaux du vendeur immédiatement après une sollicitation personnelle ailleurs. Attention au contre-exemple : un stand de foire ou de salon compte comme un établissement commercial, et ce qui s’y signe est signé pour de bon. Un contrat conclu uniquement par téléphone, par e-mail ou par un lien de signature électronique est, lui, un contrat à distance : l’extension ne le couvre pas. D’où deux scénarios courants et deux réponses opposées :
- Démarchage téléphonique, puis un commercial passe vous faire signer sur place : hors établissement, la question se pose sérieusement.
- Démarchage téléphonique, puis bon de commande signé et renvoyé par e-mail : à distance, cette porte-là est fermée. Il reste les autres leviers, plus bas.
C’est pour cette raison que le lieu de signature pèse autant que le montant.
Ce que le démarcheur doit vous remettre
Quand l’article L221-3 s’applique, le vendeur hérite des obligations dues à un consommateur. L’article L221-9 lui impose de fournir un exemplaire daté du contrat, sur papier signé par les parties ou, avec votre accord, sur un autre support durable, reprenant les informations précontractuelles et accompagné du formulaire type de rétractation.
Deux conséquences si ces pièces manquent. L’article L242-1 prévoit que les dispositions de l’article L221-9 sont prescrites à peine de nullité du contrat conclu hors établissement. Et l’article L221-20 prolonge le délai de rétractation de douze mois lorsque l’information sur ce droit n’a pas été donnée. Un contrat bâclé se retourne contre celui qui l’a rédigé — à condition que vous l’ayez conservé, annexes comprises.
Comment tenter la rétractation, dans l’ordre
- Rassemblez les pièces : bon de commande, conditions générales, annexes, e-mails, mandat de prélèvement, date et lieu exacts de la signature.
- Vérifiez les deux conditions à la date de signature : votre effectif ce jour-là, et la nature du contrat au regard de votre activité principale.
- Comptez le délai. Quatorze jours. Pour une prestation de service conclue hors établissement, il court à compter de la conclusion du contrat et non de la livraison du site : vous ne pouvez pas attendre de voir le résultat. L’article L221-19 ajoute que le jour de la conclusion ne compte pas et que le délai est prorogé au premier jour ouvrable suivant s’il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié.
- Écrivez en lettre recommandée avec accusé de réception. Utilisez le formulaire type s’il vous a été remis, mais envoyez-le en recommandé : c’est l’accusé qui datera votre demande, et cette date décidera si vous étiez dans les temps.
- Ne signez rien d’autre : ni avenant « d’aménagement », ni geste commercial, avant de l’avoir fait lire.
Objet : rétractation du contrat n° [référence] signé le [date] à [lieu].
Madame, Monsieur, je vous notifie ma rétractation du contrat cité en objet, conclu hors établissement le [date] à [lieu]. Mon entreprise employait [nombre] salariés à cette date et l’objet du contrat n’entre pas dans le champ de son activité principale ([votre métier]), au sens de l’article L221-3 du code de la consommation. Je vous demande de cesser toute exécution, de ne procéder à aucun prélèvement et de me confirmer par écrit l’annulation du contrat.
« Nous avons déjà commencé le travail »
C’est la réponse la plus fréquente, et elle ne clôt pas le sujet. L’article L221-25 prévoit que l’exécution ne peut débuter avant la fin du délai que sur votre demande expresse, et qu’en cas de rétractation vous devez le montant correspondant au service réellement fourni jusqu’à votre décision, pas la totalité du contrat. L’article L221-28 ne ferme le droit de rétractation que pour un service pleinement exécuté avant la fin du délai, et seulement après votre accord préalable exprès et votre renoncement exprès à ce droit. Une maquette, un questionnaire rempli ou un nom de domaine réservé ne sont pas un service pleinement exécuté : demandez par écrit sur quel document figure votre renoncement.
Si la tentative échoue, ou si le délai est passé
Rien n’est joué pour autant. Mais avant d’actionner quoi que ce soit, sachez exactement ce que vous avez signé : si un organisme de financement que vous n’aviez jamais rencontré apparaît sur vos prélèvements, ce n’est pas un abonnement mais une location financière, et les recours ne sont pas les mêmes. Le test en six signes permet de trancher en dix minutes. Cela fait, trois leviers subsistent, par ordre croissant de difficulté.
- Le défaut d’information. Contrat non remis, non daté, sans formulaire type : c’est la nullité de l’article L242-1, ou les douze mois supplémentaires de l’article L221-20.
- Le vice du consentement. Si la signature a été obtenue en vous faisant croire à un partenariat avec Google, à une mise en conformité obligatoire ou au renouvellement d’un service existant, on se rapproche du dol de l’article 1137 du code civil, cause de nullité. C’est un contentieux, pas une lettre.
- La médiation. Le médiateur des entreprises, service public gratuit et confidentiel du ministère de l’Économie, traite les différends entre entreprises et se saisit en ligne. C’est plus rapide qu’un tribunal, et sans commune mesure côté coût.
Dans tous les cas, une mise en demeure en recommandé précède utilement toute action : elle date votre position et oblige l’autre partie à écrire la sienne. Si votre objectif est de sortir d’un contrat déjà installé plutôt que d’annuler une signature récente, la marche à suivre est dans résilier un contrat de site internet avant terme, et le plan de sortie complet dans récupérer son site internet et quitter son prestataire.
Un mot pour finir, et il compte : je fais des sites, je ne suis pas juriste. Cet article décrit un cadre général et ne constitue pas un conseil juridique individuel ; votre dossier dépendra de vos pièces, de votre effectif et de la rédaction exacte de votre contrat. Faites-le lire par un avocat ou par votre chambre consulaire — chambre de commerce et d’industrie pour les commerçants, chambre de métiers et de l’artisanat pour les artisans, c’est souvent gratuit. Aucun résultat n’est garanti ici, et personne d’honnête ne vous en promettra un.
Pour aller plus loin
- Arnaque au site internet : reconnaître un démarchage abusif — les cinq scénarios et les phrases qui doivent vous faire raccrocher.
- Abonnement ou location financière : reconnaître ce que vous avez signé — le test en six signes, à faire avant toute démarche.
- Site internet « offert » sur 48 mois : la facture réelle — le montage qu’on signe le plus souvent après un démarchage.
- Comment choisir son agence web : les 12 questions à poser — pour que le prochain contrat se signe sans pression.
- Combien coûte un site internet pour une TPE/PME ? — les ordres de grandeur du marché.