Vous voulez partir, et la vraie question n’est pas la lettre de résiliation : c’est ce qui reste entre vos mains une fois qu’elle est envoyée. Un site, ce sont quatre choses séparées — un nom de domaine, un hébergement, des fichiers, des accès — qui ne se récupèrent ni au même endroit, ni au même rythme. Voici l’ordre dans lequel les traiter pour récupérer son site internet sans rien perdre : on sauvegarde d’abord, on annonce ensuite.
Étape 1 — Relire le contrat, une ligne à la fois
Avant d’écrire à qui que ce soit, sortez le contrat, les conditions générales et le bon de commande. Vous y cherchez cinq informations, et rien d’autre :
- La durée d’engagement, et le jour où elle démarre. Pas toujours celui de la signature : certains contrats partent du premier prélèvement, d’autres de la mise en ligne. Plusieurs mois de mensualités se jouent là.
- Le préavis : combien de mois, et sous quelle forme.
- La reconduction : tacite ou non, pour quelle durée, avec quelle date limite pour la refuser.
- Ce qui vous est restitué en partant : fichiers, base de données, code source, nom de domaine. Si ce n’est pas écrit, ce n’est pas dû.
- Le titulaire du nom de domaine : souvent absent du contrat, ce qui est déjà une réponse en soi.
Notez trois dates sur un papier : le début, la fin d’engagement, la limite de préavis. Tout le calendrier qui suit se cale sur la troisième.
Étape 2 — Tout sauvegarder avant d’annoncer quoi que ce soit
C’est l’étape qu’on saute, et la seule qui soit vraiment irréversible. Tant que vous n’avez rien annoncé, vos accès fonctionnent. Après, ce n’est plus garanti — pas forcément par malveillance : un serveur résilié s’efface. Descendez tout, dans cet ordre :
- Les pages : le texte de chaque page, copié dans un document. C’est votre travail, pas le sien. Le plus rapide reste d’imprimer chaque page en PDF depuis votre navigateur : la mise en forme est conservée, et c’est instantané.
- La base de données : comptes clients, commandes, articles de blog, formulaires reçus. Un export SQL ou CSV depuis le back-office ou l’hébergement.
- Les e-mails : si vos adresses en @votre-domaine.fr sont hébergées chez lui, exportez les boîtes en local avant tout le reste. C’est ce qui se perd le plus vite.
- Les statistiques : exportez vos rapports Google Analytics et Search Console. L’historique ne se rattrape jamais.
- Les photos : les originaux en pleine définition, pas les versions compressées affichées en ligne. Si un photographe les a réalisées, redemandez-lui les fichiers sources.
Sur les données clients, vous avez un levier écrit : l’article 28.3.g du RGPD prévoit que le sous-traitant, « selon le choix du responsable du traitement, supprime toutes les données à caractère personnel ou les renvoie au responsable du traitement au terme de la prestation ». Le responsable du traitement, c’est vous. Demandez la restitution par écrit, en citant l’article.
Ce que coûte l’après, chez moi
Repartir ne veut pas dire tout repayer. Mes trois formules, sans frais de création et site livré en 14 jours :
- Essentiel — 69 €/mois, 1 modification incluse par mois.
- Pro — 119 €/mois, 3 modifications incluses par mois.
- Sur mesure — à partir de 249 €/mois, 5 modifications incluses par mois.
Un seul contrat, avec moi, aucun organisme de financement tiers. L’engagement initial est de 12 mois à compter de la mise en ligne ; ensuite vous résiliez quand vous voulez, avec un mois de préavis, et la propriété du site vous est cédée de plein droit avec le code source — c’est dans mes conditions générales. Autant l’écrire aussi : si vous partez avant les 12 mois, les mensualités restantes sont dues et aucun code source n’est transmis.
Étape 3 — Récupérer les accès, pas les promesses
« On vous transmettra tout » ne vaut rien. Demandez par e-mail, nommément, quatre jeux d’identifiants :
- Le compte chez le bureau d’enregistrement où est déposé le nom de domaine.
- Le compte d’hébergement : accès FTP ou SFTP, et accès à la base de données.
- Le back-office du site, en compte administrateur.
- Les comptes Google : fiche Business Profile, Analytics, Search Console — souvent créés par le prestataire avec sa propre adresse.
Pour les comptes Google, ne réclamez pas le mot de passe : demandez à être ajouté comme propriétaire, puis retirez l’ancien. Vous ne dépendez plus de personne. Avant tout ça, un réflexe gratuit : tapez votre nom de domaine dans l’annuaire Whois de l’Afnic et regardez qui est déclaré titulaire. Si ce n’est pas votre entreprise, vous savez où sera la difficulté. Le test complet, extension par extension, est détaillé dans qui est propriétaire de votre site et de votre nom de domaine. Je détaille qui possède quoi dans nom de domaine, hébergement et site : qui fait quoi.
Étape 4 — Transférer le nom de domaine, pas à pas
Le nom de domaine est la seule pièce qu’on ne peut pas refabriquer : c’est votre adresse, vos e-mails et parfois dix ans de référencement. Il se transfère d’un bureau d’enregistrement à un autre sans interruption du site ni de la messagerie.
- Confirmez que vous êtes titulaire, via le Whois vu à l’étape 3.
- Vérifiez qu’aucun verrou n’est posé. Sur un .com, un .net ou un .org, le domaine porte le plus souvent un statut clientTransferProhibited : un verrou du bureau d’enregistrement, qui doit sauter avant toute demande. Sur un .fr, ce verrou-là n’existe pas : seule l’Afnic peut bloquer un transfert (serverTransferProhibited), et seulement en cas de litige ou de vérification du titulaire.
- Réclamez le code de transfert — l’authinfo, aussi appelé code EPP ou code d’autorisation. Pour un .fr, le guide des procédures de l’Afnic est sans ambiguïté : l’authinfo « est généré par le bureau d’enregistrement et doit être transmis au titulaire ». Pour un .com, .net ou .org, la Transfer Policy de l’ICANN laisse deux options au bureau d’enregistrement : soit il vous permet de générer le code et de retirer le verrou vous-même depuis votre espace client, soit il le fait pour vous dans les cinq jours calendaires suivant votre demande. Ce n’est pas une faveur commerciale, c’est une obligation.
- Lancez la demande chez le nouveau prestataire, code en main : c’est toujours le bureau d’enregistrement entrant qui déclenche l’opération, jamais l’ancien.
- Attendez le délai. Pour un .fr, l’Afnic notifie le bureau sortant : s’il approuve, le transfert est immédiat ; s’il ne réagit pas, il se réalise au bout de huit jours ; s’il s’y oppose, la durée totale est portée à vingt-deux jours — et à l’issue de ces vingt-deux jours, l’opération est réalisée quand même. Un prestataire peut donc retarder votre transfert de trois semaines. Il ne peut pas l’empêcher.
Deux détails qui évitent des sueurs froides : un transfert réussi prolonge la date d’expiration d’un an, vous ne perdez rien au change ; et sur les .com, un changement de titulaire ou un transfert récent déclenche généralement un verrou de soixante jours — si vous devez faire les deux, prévoyez la marge.
Étape 5 — Résilier : préavis, reconduction tacite et recommandé
Vous ne résiliez qu’une fois les sauvegardes faites et le domaine sécurisé, jamais l’inverse. La forme : lettre recommandée avec accusé de réception, même si le contrat tolère l’e-mail — l’accusé date votre demande, et c’est cette date qui décidera si vous êtes dans les délais. Rappelez-y la référence du contrat, la date de fin d’engagement, la date d’effet et la liste de ce que vous exigez en restitution.
Ce que le droit de la consommation ne vous donne pas
Beaucoup de conseils lus en ligne viennent du droit de la consommation et ne vous concernent pas. L’obligation d’informer le client de la reconduction tacite, un à trois mois avant l’échéance — faute de quoi il peut résilier gratuitement à tout moment — figure à l’article L215-1 du code de la consommation, et ce chapitre ne s’applique qu’« aux consommateurs et aux non-professionnels ». Un artisan ou un commerçant qui achète un site pour son activité est un professionnel : il en est exclu. Entre professionnels, c’est le contrat qui fait loi.
Une exception existe, et elle est utile : l’article L221-3 du même code étend le droit de rétractation de quatorze jours aux contrats conclus hors établissement entre professionnels, à deux conditions cumulatives — que l’objet du contrat n’entre pas dans le champ de l’activité principale de celui qui a été démarché, et qu’il emploie cinq salariés ou moins. Un commercial qui fait signer un site dans l’atelier d’un menuisier de deux salariés : la question mérite d’être posée. Les deux conditions, leurs pièges et le mode d’emploi de la rétractation sont détaillés dans se rétracter après un démarchage téléphonique, étape par étape. Je fais des sites, je ne suis pas juriste, et chaque contrat se juge sur ses pièces : faites lire le vôtre par un professionnel du droit ou par votre chambre consulaire — chambre de métiers, ou CCI pour les commerçants. C’est souvent gratuit.
Quand ça coince : trois blocages courants
Le prestataire ne répond plus. Écrivez quand même, en recommandé, à l’adresse du siège — consultable gratuitement sur l’annuaire des entreprises. Puis lancez le transfert du domaine sans lui : sur un .fr, son silence ne bloque rien, il porte seulement le délai à huit jours. Si l’entreprise est en liquidation, adressez vos demandes au mandataire judiciaire. La marche à suivre complète est dans votre prestataire web a fermé, devez-vous continuer à payer.
Le nom de domaine est à son nom. Ce n’est plus un transfert mais un changement de titulaire, qui suppose l’accord des deux parties. L’Afnic encadre l’opération : une fois les deux accords recueillis, le bureau d’enregistrement doit faire la mise à jour « dans un délai raisonnable ne pouvant excéder 7 jours », puis communiquer gratuitement le nouvel authinfo au nouveau titulaire. Si l’accord est refusé, c’est une négociation, voire un litige : faites-vous accompagner.
Des « frais de restitution » apparaissent. Une facture de sortie ne se discute que sur une base : le contrat. Si le montant n’y figure pas, demandez par écrit sur quelle clause il repose, et gardez la réponse. Ne payez rien avant d’avoir posé cette question.
Étape 6 — Reconstruire proprement, et ce que ça coûte
Le budget dépend de ce que vous avez réussi à sauver. Avec vos textes, vos photos et votre domaine en main, la reconstruction est un travail de mise en forme et de référencement, pas une création à partir de rien. Sans eux, il faut tout réécrire : voilà pourquoi l’étape 2 passe avant le reste.
Pour situer la dépense, le baromètre France Num 2024 indique que parmi les entreprises ayant des projets numériques, 45 % prévoient d’y consacrer plus de 1 000 € dans l’année, dont 16 % plus de 5 000 €. Une refonte de vitrine de TPE/PME se loge dans le bas de cette fourchette quand les contenus existent.
Trois règles pour ne pas rejouer la même partie dans trois ans : le nom de domaine se dépose au nom de votre entreprise ; le contrat dit par écrit ce que vous récupérez en partant ; et la durée d’engagement s’écrit en chiffres, dans une clause que vous pouvez montrer du doigt.
Pour aller plus loin
- Votre prestataire web a fermé : devez-vous continuer à payer ? — quand le silence vient d’une fermeture, et pas d’un désaccord.
- Comment choisir son agence web : les 12 questions à poser — pour que le prochain contrat ne vous enferme pas.
- Nom de domaine, hébergement et site : qui fait quoi — laquelle des trois briques vous appartient.
- Site internet « offert » sur 48 mois : la facture réelle — quand celui qui prélève n’est pas celui qui travaille pour vous.
- Location de site internet : ce qu’il faut vérifier avant 48 mois — les cinq questions à poser.
- Combien coûte un site internet pour une TPE/PME ? — le détail.