La location de site internet se présente presque toujours de la même façon : vous avez signé, ou on vous propose de signer, un site « à partir de X euros par mois, tout compris ». Sur le papier, c’est indolore : pas de gros chèque au départ, une ligne de plus sur le relevé bancaire, un site en ligne. La bonne question n’est pourtant pas le montant mensuel. Elle tient en deux morceaux : sur combien de temps est-ce que je m’engage, et qu’est-ce qui m’appartient à la fin ? Je vends moi-même un abonnement mensuel, autant le dire tout de suite : ce n’est pas le principe de l’abonnement qui pose problème, c’est ce qu’il y a dedans.
Ce qu’est vraiment la location de site internet
Sous le mot « location », on range en réalité trois façons très différentes de payer un site. Elles se ressemblent au téléphone, elles n’ont rien à voir dans le contrat.
- Acheter. Vous payez la création une fois, le site vous appartient. Restent à votre charge le nom de domaine, l’hébergement et la maintenance, que vous assurez vous-même ou que vous confiez à quelqu’un.
- S’abonner. Vous payez un service continu : le site, son hébergement, ses mises à jour, un certain nombre de modifications. Tant que vous payez, le service tourne. C’est mon modèle, et j’y reviens plus bas avec mes chiffres.
- Louer via un contrat de location financière. Là, le montage change de nature. Le prestataire fabrique le site, mais le contrat qui prélève votre compte est souvent porté par un organisme financier tiers, distinct de lui.
C’est ce troisième cas qui mérite qu’on s’y arrête. Il arrive alors que vous signiez deux choses le même jour, sur la même table : une prestation avec celui qui fait le site, et un contrat de financement avec une société que vous ne connaissez pas et que vous ne reverrez jamais. Les deux documents vivent leur vie séparément.
La conséquence est celle que personne n’explique au moment de la signature : si le site n’est plus maintenu, plus mis à jour, ou si le prestataire disparaît, les échéances, elles, peuvent continuer. Ce ne sont pas les mêmes contrats, et celui qui prélève n’est pas celui qui travaille. Vous vous retrouvez à payer un service que plus personne ne rend.
Il faut être clair : ce montage est parfaitement légal, il est utilisé dans beaucoup de secteurs, et certains contrats de ce type sont honnêtes et correctement exécutés. Le problème n’est pas la légalité, c’est l’asymétrie d’information. Au moment où le stylo touche le papier, une seule des deux personnes autour de la table sait exactement ce que le document engage. Et ce n’est pas toujours celle qui paie. Avant même de comparer des offres, il vaut donc mieux savoir ce que coûte réellement un site internet pour une TPE/PME, poste par poste.
Combien coûte vraiment un contrat de 48 mois : le calcul que personne ne fait
Une mensualité est faite pour paraître petite. C’est même tout son intérêt commercial : elle se compare à un abonnement téléphonique, pas à un investissement. Le seul chiffre qui compte, pourtant, tient en une multiplication : mensualité × nombre de mois = coût total.
Prenons une illustration purement arithmétique, avec des chiffres ronds. Une mensualité de 150 € sur 48 mois : 150 × 48 = 7 200 €. Ce n’est pas une statistique de marché et ce n’est le tarif de personne en particulier : c’est une opération que vous pouvez refaire en trente secondes avec les vrais chiffres, ceux qui sont écrits sur votre contrat. Remplacez 150 par votre montant, 48 par votre durée, et vous avez le total que vous vous apprêtez à engager.
Faites-le sérieusement, et ajoutez ce qui gravite autour : les frais de mise en service s’il y en a, les options, et surtout les modifications facturées hors forfait. Une refonte de page ou un changement d’horaires facturés à l’unité, sur quatre ans, ça finit par peser. Ajoutez aussi les mois de préavis si le contrat en prévoit : ils font partie du total.
Puis comparez ce total à ce que coûterait le même site payé au départ : création une fois, plus le nom de domaine et l’hébergement sur la même période. C’est le seul vrai point de comparaison. Pour avoir des ordres de grandeur avant d’ouvrir la calculette, j’ai écrit deux repères : jusqu’où on peut descendre sur un site pas cher sans le regretter, et les prix pratiqués pour la création d’un site à Nantes.
Attention : un total élevé n’est pas forcément un mauvais total. Un site accompagné, hébergé, mis à jour et suivi pendant quatre ans, ça représente du travail réel et ça a une valeur. Ce qui pose problème, ce n’est pas le montant : c’est de le découvrir après.
Ce que je fais, moi, et pourquoi je le dis ici
Un article qui taperait sur la location en cachant qu’il vend un abonnement mensuel ne vaudrait pas grand-chose. Je vends un abonnement. Voici donc mes chiffres, en clair, pour que vous puissiez me passer exactement au même crible que les autres.
Mes trois offres, et ce que vous emportez à la fin
Sans apport, sans frais de création, site livré en 14 jours. Les montants sont nets, il n’y a pas de TVA à ajouter :
- Essentiel — 69 €/mois, avec 1 modification incluse par mois.
- Pro — 119 €/mois, avec 3 modifications incluses par mois. C’est la formule que je recommande dès qu’il y a plusieurs services ou plusieurs zones à couvrir.
- Sur mesure — à partir de 249 €/mois, avec 5 modifications incluses par mois.
Mon engagement initial dure 12 mois, à compter de la mise en ligne du site, soit quatre fois moins que les 48 mois dont parle cet article : la durée couvre le temps d’amortir la création, pas davantage. Et voici la réponse à la question que pose tout cet article : à l’issue de ces 12 mois, la propriété du site vous est cédée de plein droit. Ce n’est pas une phrase dite au téléphone, c’est écrit dans mes conditions générales — allez les lire, c’est exactement ce que je vous demande de faire avec n’importe quel prestataire. La suite est celle que vous devriez exiger de n’importe quel contrat : résiliation par lettre recommandée avec accusé de réception, avec un mois de préavis, sans pénalité, et remise du code source complet pour héberger le site ailleurs. Le détail des trois formules est sur la page des offres.
Voici maintenant ce qui n’est pas inclus, parce que ça compte autant : après résiliation, votre site n’est plus hébergé par mes soins. Vous repartez avec le code, mais c’est à vous, ou à votre nouveau prestataire, de le remettre en ligne. Je préfère l’écrire noir sur blanc plutôt que de vous laisser le découvrir le jour où vous partez. Si vous voulez savoir à qui vous avez affaire avant d’aller plus loin, je raconte mon parcours ici : je travaille seul, depuis Riaillé, en Loire-Atlantique.
Les cinq questions à poser avant de signer un contrat de location
Que vous ayez un rendez-vous la semaine prochaine ou un contrat déjà signé qui dort dans un classeur, ces questions se posent de la même façon. Notez les réponses. Une réponse orale qui ne se retrouve nulle part dans le document ne vaut rien.
- Quelle est la durée d’engagement, en mois, écrite noir sur blanc ? Une bonne réponse est un nombre, présent dans le contrat. « Souple », « on s’arrange », « personne n’est prisonnier » ne sont pas des durées. Cherchez aussi le point de départ : la signature, la mise en ligne, ou le premier prélèvement ? Ce n’est pas la même chose.
- Y a-t-il un organisme financier tiers dans le montage ? Comptez simplement le nombre de documents à signer, et lisez les en-têtes. Si une raison sociale que vous ne connaissez pas apparaît, demandez qui elle est et ce qu’elle finance. Enchaînez avec : que se passe-t-il si le prestataire cesse son activité en cours de contrat ? Une bonne réponse est donnée spontanément, sans agacement, et accompagnée d’une copie de tout.
- Est-ce que je repars avec le site à la fin, et sous quelle forme ? « Le site est à vous » ne veut rien dire tant qu’on n’a pas précisé la forme : fichiers, code source, base de données, accès à l’hébergement ? Et dans quel délai après la fin du contrat ? Une bonne réponse est écrite, précise, et ne coûte rien de plus.
- Le contrat se renouvelle-t-il par tacite reconduction, et avec quel préavis ? C’est la question qu’on oublie, et celle qui coûte une année entière. Pour combien de temps repart-il, et sous quelle forme faut-il prévenir : un mail, une lettre recommandée ? Le jour de la signature, mettez cette date limite dans votre agenda, avec un rappel un mois avant.
- Combien coûte une modification, et combien sont incluses par mois ? Un site qu’on n’ose plus toucher, parce que chaque changement se facture, meurt lentement. Demandez le nombre inclus, le tarif au-delà, et le délai de traitement. C’est souvent là que se joue la différence entre un site vivant et une brochure figée.
Une sixième question mérite sa propre section, juste en dessous : à quel nom le nom de domaine est-il déposé ? C’est celle dont la mauvaise réponse se paie encore des années après la fin du contrat.
Le nom de domaine : le point qui coûte le plus cher à rattraper
Le nom de domaine doit être déposé au nom de votre entreprise, avec vos coordonnées comme titulaire : c’est votre adresse, pas celle de votre prestataire. Le vérifier est gratuit et prend deux minutes — la méthode est dans qui est propriétaire de votre site et de votre nom de domaine. S’il est au nom de quelqu’un d’autre, changer de prestataire peut vouloir dire changer d’adresse, donc reprendre les cartes de visite, le marquage du véhicule, les annuaires et votre fiche Google Business Profile, sans que la visibilité accumulée suive d’un clic. Le nom de domaine est l’adresse, l’hébergement le terrain sur lequel on construit, le site la maison posée dessus : j’explique ce partage des rôles dans nom de domaine, hébergement et site web, qui fait quoi.
Face à un devis serré, c’est la ligne sur laquelle il ne faut jamais céder : exigez que le domaine soit déposé au nom de votre entreprise, et faites-le écrire. La vérification, elle, ne demande l’accord de personne et prend cinq minutes : la marche à suivre est dans la FAQ, en bas de page.
Abonnement ou achat : comment choisir selon votre situation
Il n’y a pas un bon modèle et un mauvais. Il y a une situation, la vôtre, et deux logiques qui lui conviennent plus ou moins.
L’achat comptant convient si vous avez la trésorerie disponible au moment où vous en avez besoin, et surtout si vous avez quelqu’un pour maintenir le site ensuite : mises à jour, sauvegardes, sécurité, petites corrections, ajout d’une photo de chantier. Sans cette personne, un site acheté vieillit vite et devient une vitrine poussiéreuse : en ligne, mais qui ne rapporte plus rien. C’est un scénario que je vois souvent, et que je détaille dans pourquoi un site ne rapporte aucun client.
L’abonnement convient si vous préférez lisser la dépense, ne pas sortir de chèque au démarrage, et déléguer la maintenance à quelqu’un dont c’est le métier. C’est un service, pas un achat : vous payez tant que vous en profitez. Pour situer les montants, le repère que j’affiche sur mon accueil ne décrit pas mes tarifs mais ceux d’en face, dans la colonne « En agence traditionnelle » : 2 000 à 5 000 € de création, puis jusqu’à 200 €/mois sur trois à quatre ans d’engagement. C’est un repère affiché, pas une moyenne relevée sur le marché ; mes propres prix sont ceux donnés plus haut.
Le mauvais deal, ce n’est donc ni l’un ni l’autre. C’est le contrat long dont on ne sort pas et qui ne laisse rien derrière lui : ni le code, ni le nom de domaine, ni de quoi repartir ailleurs. Le test tient en une phrase : si demain je change de prestataire, qu’est-ce que j’emporte ? Si la réponse est « rien », le montant de la mensualité n’a plus beaucoup d’importance. Le raisonnement vaut à l’identique pour un plombier qui veut des demandes de dépannage et pour un restaurant qui veut remplir sa salle en semaine.
Si vous êtes déjà engagé
Avant tout : ne signez rien de nouveau dans l’urgence, et notamment pas un contrat de remplacement présenté comme la solution à celui que vous avez. Prenez une soirée, posez les documents sur la table, et faites cinq choses.
- Rassemblez tous les documents : contrat de prestation, contrat de financement s’il y en a un, conditions générales, bon de commande, annexes, avenants.
- Repérez trois dates : la date de début, la date de fin de la période d’engagement, et la date limite pour donner votre préavis.
- Vérifiez le titulaire de votre nom de domaine : la marche à suivre est dans la FAQ, en bas de page.
- Si des documents vous manquent, demandez-en une copie par écrit : c’est une demande normale, à laquelle on doit pouvoir répondre.
- Refaites le calcul du total, et du reste à payer jusqu’au terme.
Ensuite, arrêtez-vous là. Pour votre cas précis, ne vous fiez pas à un article de blog, le mien compris : un contrat se lit dans son texte, avec ses annexes, et deux documents qui se ressemblent peuvent produire des effets très différents. Rapprochez-vous d’un professionnel du droit, ou de votre chambre consulaire : la chambre de commerce et d’industrie (CCI) pour les commerçants, la chambre de métiers et de l’artisanat pour les artisans. C’est souvent gratuit ou peu coûteux, et c’est leur métier de lire ces documents. Ce n’est pas le mien : le mien, c’est de faire des sites.
Pour aller plus loin
Trois lectures pour poser des chiffres sur tout ça, et une quatrième pour le cas où le contrat est sain mais le site inefficace :
- Abonnement ou location financière : reconnaître ce que vous avez signé — le test en six signes, et pourquoi la durée n’est pas le bon critère.
- Combien coûte un site internet pour une TPE/PME ? — le détail poste par poste, ce qui se paie une fois et ce qui revient chaque année.
- Site internet pas cher : jusqu’où descendre ? — où sont les limites, et ce qu’on paie plus tard quand on économise trop tôt.
- Prix de création d’un site internet à Nantes — les fourchettes locales, pour comparer sur pièces.
- Avis Simplébo : prix, engagement et limites — le même examen appliqué à un prestataire précis, conditions générales à l’appui.
- Site internet « offert » sur 48 mois — le montage financier derrière ces contrats, et ce que dit la Cour de cassation.
- Récupérer son site internet et quitter son prestataire — le plan de sortie en 6 étapes quand l’engagement arrive à son terme.
- Pourquoi mon site ne rapporte aucun client — quand le problème n’est pas le contrat, mais ce que fait le site.